Nov 12 Keynote: Catherine Leclerc

Keynote address 2: « Ça icitte c’est une tune about le pouvoir » (Arthur Comeau) : un regard sur la circulation renouvelée des minorités franco-canadiennes

Catherine Leclerc, Université McGill

Les minorités franco-canadiennes sont entrées dans la modernité en étant caractérisées par leur précarité (Paré, 1992). Sur le plan des productions artistiques langagières, elles ont développé ce que Sherry Simon (1994, 112) a appellé « une esthétique de la faiblesse », laquelle se trouve « en confrontation avec l’idéal de la maîtrise et de la liberté qui soutient la valorisation de l’œuvre littéraire ». Lorsque ces productions mobilisaient les caractéristiques linguistiques de la minorisation (langue hybride et prolétarisée), c’est pour leur valeur de prise de parole, plutôt que pour le potentiel expérimental, qu’elles étaient reconnues. De même, elles ne se détachaient du stigmate de faiblesse qu’en se défaisant de ces traces, qui y restaient associées.

À l’heure actuelle, pourtant, des artistes acadiens de la chanson mobilisent ces mêmes traces pour se positionner de manière avantageuse à la fois dans leurs communautés d’origine, sur le marché québécois francophone et au Canada anglais. Ils donnent à leur « plurilinguisme périphérique » les atouts d’un « cosmopolitisme postnationaliste » de plus en plus en vue à l’échelle internationale (McLaughlin 2013). Ce faisant, ils se repositionnent par rapport aux sociétés majoritaires à la périphérie desquelles ils se situent et transforment les connotations que ces sociétés associent à l’hybridité linguistique français-anglais. D’épouvantails vulnérables et mortifères, ils deviennent des modèles de sophistication – sans pour autant que la connotation de faiblesse ne s’estompe entièrement.

Dans ma conférence, je suivrai la trajectoire de ces artistes à travers les langues et les divers marchés artistiques du pays. J’observerai la reconfiguration qu’ils effectuent des possibles s’offrant aux communautés linguistiques minoritaires, celle de leur statut au sein des sociétés québécoise et canadienne, celle de la notion de cosmopolitisme, qu’ils complexifient (Cronin 2005). Je me pencherai également sur les tensions entre différentes conceptions des usages linguistiques que ces reconfigurations mettent au jour. Enfin, je tâcherai d’en tirer des conclusions sur l’interaction du français et de l’anglais au Canada qui débordent le seul cas acadien. Dans cette démarche, j’entendrai la traduction comme le passage, multidirectionnel et toujours contextualisé, non seulement d’une langue à une autre, mais aussi d’un marché linguistique à un autre.

Advertisements