TM2: Salah Basalamah

La Traduction Citoyenne des Minorités Religieuses

Salah Basalamah

Université d’Ottawa

Résumé: Dans un article publié il y a douze ans (Basalamah 2005), la « traduction citoyenne » était présentée, non pas comme métaphore d’un transfert linguistique qui serait prétendument plus concret et légitime, mais bien plutôt comme la conceptualisation d’un processus de transformation et de convergence sociale. Bien que minoritaire dans la discipline traductologique, cette conception de la traduction n’en y développe pas moins une présence toujours plus remarquée (entre autres : Simon 2012 ; Marais 2013 ; Guldin 2015 ; Cronin 2017).

Cependant, ce type d’orientation théorique, voire philosophique au sein de la traductologie n’advient pas indépendamment d’un contexte de recherche en sciences humaines et sociales qui favorise de plus en plus le recours à ce qu’on considère communément comme une métaphore. Quel que soit le débat sur la légitimité théorique de considérer cette dernière comme telle au sein de la traductologie (Basalamah, à venir), il reste qu’une école de philosophie politique transatlantique centrée sur la place de la religion dans les sociétés post-séculières s’est substantiellement appuyée sur le concept de traduction recoupant ainsi celui suggéré en 2005.

En effet, dans le sillage de « la clause [proviso] de la raison publique » de J. Rawls (1993 & 1999), J. Habermas a proposé la notion de « condition traductionnelle » pour permettre aux religions d’accéder à l’espace public sécularisé (2008) et à sa suite J.-M. Ferry (2013) et G. Jobin (2006) ont exploré le potentiel des religions à traduire leurs intuitions morales et à se traduire dans la raison publique.

Il s’agira donc, dans le cadre de cette communication, de penser le concept de traduction citoyenne, secondé de la recherche en philosophie politique pré-mentionnée, sur les entrefaites de l’attaque de la mosquée de Québec en début de l’année courante à travers un examen des discours politique et médiatique dans l’espace francophone canadien.

Mots-clés: Traduction citoyenne, traductologie, société post-séculière, religion, minorités.


Epistemic Translation–A Minority Report

Salah Basalamah

University of Ottawa

Abstract: Since the early days of translation studies (TS), translation has shifted its focus away from language without, however, loosing its linguistic grounding. Though not at the forefront of the latest investigations, language has remained the most prominent of TS’s objects of study. For instance, in translation sociology, the primary activity of agents, who are that sub-discipline’s focus of interest, is to perform (more or less directly) actual linguistic transfers.

After translating language, culture and agents/actors, what could the next object of TS investigations be? To the reader of Guldin’s last section of Translation as Metaphors (2015), it would seem that the new category of objects of translation is, like ‘disciplines,’ metaphorical in nature, which heralds a new stage of TS investigations. However, despite the widespread dismissive argument about translation as metaphor not being a legitimate part of TS scholarship (Marais 2014: 83), the author does not actually move beyond Jakobson’s “intersemiotic translation.” If the translation of science into art, in Guldin’s scheme, is ultimately limited to the resemiotization of mathematical signs into painting, what might a more substantive interdisciplinary translation process consist of?

In an attempt to shed conceptual light on this question, this paper proposes actual “knowledge” as yet another TS object of study—rather than its mere artistic representation. Beyond intra-cultural negotiations of forms of expressions, I argue that epistemic translation is the process through which minor epistemic cultures appropriate knowledge and emancipate themselves. As a minority-report, however, this proposal entails revisiting the communicative theoretical assumptions that accompany the travel of ideas or theories (Susam-Sarajeva 2006) and argues that translating knowledge does not necessarily presuppose its faithful communication or transmission but rather may stimulate its radical, ethnocentric and emancipatory transformation.

Keywords: Translation studies, metaphor, knowledge, minority cultures, emancipation.

Notice biographique: Salah Basalamah est actuellement professeur agrégé à l’École de traduction et d’interprétation de l’Université d’Ottawa ; il contribue également au programme doctoral de l’Institut des études canadiennes et autochtones. Parmi ses champs de recherche, la philosophie de la traduction et son droit, les études postcoloniales, culturelles et religieuses, dont l’islam occidental.  Il est également l’auteur de la monographie Le droit de traduire. Une politique culturelle pour la mondialisation (2009). Il travaille actuellement sur la publication d’un ouvrage sur la philosophie de la traduction.

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